InstitutFormationsRechercheInternationalDocumentationVie étudiante![]() |
|
Rubriques utiles >>> |
|
|
|
|
|||
|
Accueil | Recherche | Travaux et articles |
|||||||
![]() |
|||||||
Travaux et articles |
|||||||
Les français de sensibilité arabe face à la question de l’islam 1. La question de l’islam La question de l’islam ou des musulmans en France ne saurait se réduire à la création d’un organe représentatif du culte. Il est tout à fait légitime de la part de l’Etat français, et plus précisément de la part du ministère de l’intérieur, garant de l’ordre public et chargé des relations avec les cultes de désirer avoir des interlocuteurs pour résoudre des problèmes matériels et organisationnels concernant un certain nombre de questions posées par l’exercice du culte dans l’espace public. Pour autant, ces interlocuteurs ne peuvent être en charge que des questions pour lesquelles ils ont été mandatés. La légitimité de certaines organisations, quelque soit les qualificatifs par lesquelles on tente de les définir, traditionnelles, islamistes militantes, quiétistes ou autres, est limitée dans le cas précis à la représentativité, réelle ou supposée, de ceux qui les ont mandatées. Cela renvoie, avant même d’aborder la question du champ précis de leur intervention, à la question du champ général de « l’islam ». Etre musulman dans le regard de l’autre implique bien souvent être cantonné à sa seule identité religieuse. Y a-t-il une pertinence à élargir la définition de l’état de musulman à celui de l’appartenance à l’oumma ou à la nécessité de perpétuer l’héritage d’une civilisation arabo-musulmane idéalisée. Les appartenances des français « d’origine musulmane » sont multiples : elles sont « du Sud », méditerranéenne, maghrébine, arabe. Mais elles sont, bien sûr, principalement citoyennes avant tout. Pour autant, comment articuler la part d’islamité et d’arabité dans un cadre spécifiquement français. Car ces parts ne sauraient se réduire à une pratique religieuse normée. Elles impliquent également une sensibilité au contexte des pays d’origine des parents et partant à l’ensemble des phénomènes qui agitent le monde arabe. Etre français « de sensibilité arabo-musulmane » suppose une non-indifférence aux conflits du Moyen-orient. Cette sensibilité particulière ne se traduit pas forcément par un engagement militant. L’islam de France est multiple : sur le plan cultuel, il concerne la pratique du culte et les questions qui en découlent (la construction de mosquées, statut des imams, question du pèlerinage, des aumôneries, des carrés musulmans, des signes religieux, du halal, etc.) ; sur le plan identitaire, il peut être considéré comme un effet retour du regard de la société, des non musulmans surtout, vis-à-vis des musulmans (cela concerne bien plus que les simples fidèles, en particulier dans les manifestations de l’islamophobie) ; sur le plan politique et « idéologique », il est dépendant d’un contexte international dans la mesure ou l’islamisme radical, même marginal, joue un rôle non négligeable, mais aussi en raison des rapports des communautés à leur pays d’origine qui demeurent étroits. Tout cela fait que l’islam en France concerne la société bien au-delà d’un strict contexte religieux banal. Il est à la croisée des chemins : va-t-il continuer à être considéré comme un culte « exogène » ou va-t-il s’insérer définitivement dans l’espace commun des religions ? Malheureusement, toute progression dans le dernier sens est bloquée ou freinée par le contexte international. Sur un autre plan, l’équilibre est fragile entre les anciennes générations, plus traditionnelles, soucieuses de discrétion et de dialogue paisible avec les pouvoirs publics ou la société, mais aussi, moins cultivées et issues de milieu simple, d’une part, et les générations suivantes, décomplexées et conscientes de leur plein droit de citoyen, mais aussi en rupture parfois avec un islam traditionnel. Cette évolution a bien souvent été réduite à l’expression d’un renouveau musulman issu des mouvements réformistes proches de la mouvance des Frères musulmans ou, plus récemment, d’un néo-salafisme. Il se trouve que ces anciennes générations sont bien souvent les constructeurs et les gestionnaires de mosquées alors que les deuxièmes s’investissent plus dans le champ social. Mais vouloir partager le paysage islamique de France entre ces deux pôles serait manichéen. De nombreux « ponts »existent. Les vertus de la tradition sont redécouvertes, les spiritualités « intérieures » séduisent. Tout cela est peu souvent pris en considération et pèse aussi car c’est l’islam des familles, celui des simples croyants « bien dans leur peau », jeunes ou vieux, femme ou homme, soucieux de vivre pleinement dans la société en conservant leur foi.
2. Le maigre bilan du CFCM La première étape de la constitution d’un organisme représentatif du culte entamée par Jean-Pierre Chevènement et Daniel Vaillant, poursuivie par Nicolas Sarkozy s’achève Elle a eu cela de positif qu’elle a montré les limites de la réduction de la représentativité de l’islam aux seuls gestionnaires des mosquées. La tentation générale des politiques, quelque soit leurs affiliations, a été de d’instrumenter le CFCM, le plaçant de fait dans un rôle pour lequel il n’était pas fait : - Ainsi, les pressions sur le Bureau du CFCM afin qu’il produise une « fatwa » sur l’interdiction du port du foulard à l’école a mis en exergue l’impossibilité pour cet organisme de produire à chaud un argumentaire théologique, même s’il l’a fait en dernier ressort « a minima », allant d’ailleurs à l’encontre des desiderata de la puissance publique (le voile avait été déclaré obligation par le Conseil d’administration du CFCM en octobre 2003, au prix d’une résistance homérique face aux pressions du ministère de l’intérieur). Cette affaire a démontré que les différents courants, plus politico-ethniques que religieux au sein du CFCM, n’étaient même pas en capacité de constituer un consensus minimum sur des questions de dogme basique. Cette affaire a également souligné l’incapacité du CFCM à s’imposer dans le débat public qui s’est tenu à cette occasion. Les nombreux amalgames, inexactitudes, approximations, qui ont été avancés par les différents intervenants dans ce débat dit « du voile à l’école » n’ont pas été contredits de manière formelle par le CFCM. Il était pourtant nécessaire de recadrer le débat et de faire en sorte que celui-ci ne soit pas un prétexte supplémentaire pour stigmatiser davantage les Français de confession musulmane. Les freins apportés par deux des quatre principales fédérations à la constitution d’une commission théologique, puis, plus grave, à une réflexion de fond sur la fabrication d’un cahier des charges pour l’exercice de l’imamat et la formation des personnels religieux ont démontré l’impossibilité de s’appuyer sur certains appareils inféodés à un mouvement politico-religieux ou à un Etat étranger pour fonder véritablement un islam de France. - Si les effets de l’envoi d’une délégation du CFCM à Bagdad afin de permettre la libération d’otages en septembre 2004 ont été positifs, cela n’a pas moins créé un malaise certain sur le rôle réel du CFCM. Certains ont protesté sur un dialogue instauré entre des autorités religieuses radicales à Bagdad et la délégation. Ils ont estimé que les premiers n’avaient pas à être en rencontre avec des musulmans français qui souscrivaient pleinement aux principes républicains, même si cela pouvait servir les intérêts de la diplomatie française. - Enfin, la question de la liberté d’expression et la difficulté de la définir ont également constitué une « occasion manquée » de la part du CFCM. L’affaire dite des « caricatures », et celle que l’on nomme désormais l’affaire « Redecker », ont servi une fois de plus à stigmatiser les Français de confession musulmane. Le CFCM aurait du et aurait pu s’imposer dans le débat, et éviter ainsi les pires allégations qui ont pu être avancées. Son intervention dans le débat était une nécessité. Le CFCM a, malheureusement, brillé par son absence : de la même manière qu’il n’a pas su ou pas pu réunir des avis circonstanciés théologiques quand le besoin s’en faisait sentir, il n’a pas pu en l’espèce se référer à de grandes « plumes » d’intellectuels musulmans en France (qui sont pourtant nombreuses), pour faire valoir un point de vue qui ne serait pas tombé dans une pure apologétique défensive. L’impossibilité pour le CFCM, en dépit de ses structures sophistiquées, de répondre à un certain nombre de problèmes n’est pas imputable à un acteur plus qu’à un autre. Néanmoins un constat doit être fait : la structure « consistoriale », c'est-à-dire la représentativité de la religion musulmane au travers des seuls délégués de mosquées, simples gestionnaires, a prouvé ses limites. La faiblesse inhérente aux différentes fédérations (UOIF, FNMF et Grande Mosquée de Paris) de relayer efficacement un réseau soit disant acquis est manifeste. La coloration « politicienne » imprimée à partir de 2002 à cette (future) structure a surdimensionné des appareils fragiles qui n’ont eu de cesse de s’affronter afin de se partager des places. L’effet dévastateur en a été le blocage de la résolution de certaines questions : formation des imams, nomination d’aumôniers, régulation du contrôle halal, moralisation du marché du pèlerinage, création d’un relais de conseil juridique pour les mosquées, reformulation des structures mêmes du CFCM qui avaient été définies d’une manière rapide, et bien d’autres choses encore. Le blocage de certains à permettre la participation à des groupes de travail d’experts de la communauté en est une preuve flagrante. Même si l’enveloppe est à préserver, un certain nombre de nouvelles propositions pourraient permettre de débloquer ce dossier. Mais la première règle consiste à revoir les types de relation entre l’Etat et toute structure ou institution qui prétendrait assumer une responsabilité dans la défense des intérêts des musulmans. A cet égard, on peut considérer que les efforts de l’administration, qui ont été considérables, doivent maintenant rester plus modestes. C’est aux musulmans eux-mêmes à prendre aujourd’hui leurs affaires en main et à permettre un nouveau type de relation avec les pouvoirs publics, entre eux-mêmes et avec l’ensemble de la société française, à l’image des institutions religieuses des autres cultes.
3. Propositions pour un islam de France moderne D’ores et déjà un certain nombre de propositions intéressantes avaient été formulées par certains participants à la Consultation des différentes sensibilités des musulmans en France, qui avait préludé à la création du CFCM : - La question d’un organe de réflexion et de décision concernant les principales préoccupations d’ordre éthique ou théologique pour les musulmans reste posée. Il n’est pas question de créer une sorte de « maison de la fatwa » (Dar Al Ifta’) française. Chaque sensibilité possède ses références théologiques, que ce soit la Mosquée de Paris, l’UOIF, la DITIB turque ou la FNMF. En revanche, il existe de plus en plus de personnalités isolées possédant une formation théologique de haut niveau et un certain nombre d’intellectuels musulmans (universitaires, juristes, médecins, philosophes) qui désirent participer à l’élaboration d’avis qui concernent la vie des musulmans (problèmes de bioéthique ou problèmes d’aménagement juridique à partir du Fiqh par exemple). Tout en étant attentif et respectueux des sensibilités de chaque courant, un « comité d’éthique musulmane » serait le bienvenu pour enfin réconcilier les musulmans avec une société qui reste interrogative quant aux conséquences d’une approche littéraliste ou désordonnée du dogme. - La question d’un organe de représentation du personnel religieux est également préoccupante. Le CFCM n’a pas montré une grande ardeur à mettre en œuvre le programme de formation mis au point par un comité d’experts qui a rendu le résultat de ses travaux à la commission de la formation des imams du CFCM. Il existe un Conseil des Imams dont la capacité d’intervention reste faible. Il faut permettre à une structure de ce type de se développer, même contre l’avis de gestionnaires de mosquées qui pourraient la craindre. Sans être un syndicat - cet organe, dont la capacité de peser entre un « comité d’éthique » et le CFCM qui ne serait plus qu’une simple structure de gestionnaires, resterait à prouver - aurait au moins l’avantage de définir un certain nombre de choses : * Le statut des imams. S’il n’est pas question de créer un « clergé »musulman, il faut permettre aux plus de 400 imams permanents de vivre dans des conditions décentes. Cette difficulté à être rémunéré à un taux correct est génératrice d’effet pervers. L’imam devient un « rabatteur » pour les agences de voyage lors du pèlerinage, a recours à des rémunérations plus ou moins avouables dan l’exercice de ses fonctions. Cela ne peut plus durer. La dignité de la fonction doit être établie. Elle passe par une reconnaissance de la fonction religieuse. Un « cahier des charges » de la fonction d’imam doit être établi * En corollaire de ce qui précède, il est impossible de maintenir un « imamat » qui ne soit pas de plain-pied avec la modernité. Cela passe en priorité par une formation adéquate. Toutes les conclusions du Comité des experts de la commission des imams du CFCM doivent être reprises : formations traditionnelle et universitaire en matière théologique et connaissance de l’environnement, aussi bien à un haut niveau, pour les imams titulaires de diplômes universitaires que pour les autres, échanges avec les centres de formation de pays musulmans. Dans cette optique, il serait intéressant d’instituer, à l’image du projet britannique, le MINAB (Mosques and Imams National Advisory Board) dont l’objectif est d’accréditer les imams et de conseiller les gestionnaires dans une meilleure gouvernance, une collaboration entre le CFCM et ce Conseil des Imams. Enfin la question d’une expression confessionnelle musulmane sur un ensemble des questions sociales ou politiques, à ne pas confondre avec le rôle du « Comité d’éthique » reste posée. La constitution d’un CRIF musulman ne fait pas sens. Les musulmans de France restent sensibles aux problèmes des autres musulmans dans le monde sans être attachés à un lieu particulier. Le lien conservé par certains avec le « pays d’origine », que ce soit un pays arabe, la Turquie ou le Sénégal, n’est pas un lien de nature exclusivement religieuse. Et bien plus, l’autonomisation de la vie musulmane en France est en marche et les différents organismes qui s’intéressent à la vie des musulmans se multiplient, dans le domaine de la communication, de la consommation des produits halal, dans le domaine caritatif et peut-être demain dans le domaine de la finance. Vouloir rassembler toutes ces énergies dans une même organisation centralisée n’aurait aucune signification. En revanche, il est nécessaire pour les pouvoirs publics et pour les différents interlocuteurs de cette « société civile » musulmane de prendre en compte ces acteurs, sans vouloir les faire passer par le contrôle d’un CFCM. Ils seront consultés autant que de besoin, de manière pragmatique, au niveau local comme au niveau national. A charge pour le CFCM, s’il le veut, de créer une synergie avec ces organisations de manière à rendre son action plus efficace (un exemple éloquent en est donné par l’efficacité d’un organisme de défense des intérêts des pèlerins avec lequel le CFCM devrait entreprendre un travail commun.) Les différentes propositions qui précèdent renvoient à la question de l’existence même du CFCM. Le poids de cette structure, symbolisé par l’exceptionnelle mobilisation de tout un appareil (Assemblées générales locales de plus de 4000 délégués dans toutes les régions, représentation de plus de 1000 lieux de culte) n’a pas donné les résultats escomptés. Néanmoins il ne s’agit pas de « jeter le bébé avec l’eau du bain ». Il s’agit au contraire de redynamiser le CFCM, de le remettre à la place qui aurait du être le sien, c’est à dire la défense de intérêts des fidèles musulmans. Un certain rééquilibrage doit être effectué à partir de la réelle représentativité des délégués, dûment élus par les Conseils d’administration de leurs associations (ce qui n’est pas forcément le cas). Les pressions de certaines organisations ou de pays étrangers, fussent elles tolérées par une certaine forme de consensus, ne doivent plus être admises. Le primat des intérêts politico-nationaux, en particulier au sein du niveau national, a, on le sait, gelé le fonctionnement du CFCM. Il faut revenir à la conception définie par les membres de la Consultation, c'est-à-dire une défense matérielle des intérêts des musulmans et non pas continuer à s’épuiser dans des querelles de pouvoir stériles. Pour cela, la création d’un comité d’éthique musulman et le renforcement d’un Conseil des Imams obligeront le CFCM à tisser des liens avec deux structures qui le feront revenir à la réalité du terrain. Ainsi, aussi bien au niveau national qu’au niveau local, le CFCM aura à prouver aux pouvoirs publics ou à l’ensemble de la société sa capacité à être un rassembleur des énergies qui se mobilisent pour constituer un authentique islam moderne et en phase avec la société où il évolue. Bien que la langue arabe soit enseignée depuis le Moyen-Âge en France et malgré son entrée dans l’ère de la mondialisation, l’enseignement de la langue de nos jours fait débat. En effet, il y a un enseignement sélectif des langues autres que les langues européennes. Pourquoi une telle sélection ? L’enseignement de la langue arabe serait considéré comme une matière à risque, et les chefs d’établissements refusent d’ouvrir les classes qui pourraient promouvoir cette langue, malgré une forte demande. La peur de l’enseignement de l’Islam à travers cette langue est une autre préoccupation. Pourtant l’arabe est la deuxième langue parlée en France. Il faut espérer que l’élection présidentielle qui approche pourra aider à transmettre une meilleure connaissance des véhicules de cette langue ce qui permettrait une meilleure égalité entre les personnes.
|
|||||||